Et voilà, un train de plus à notre actif, et pas le moindre...
Et franchement, pas de regret.
Nous étions les seuls français dans la gare ce lundi matin, et Gaëtan le seul enfant, une petite attraction à lui tout seul...
Après le contrôle des billets (ils ne vérifient d'ailleurs que les billets, même pas les passeports et donc pas les identités!), nous avons pu enfin passer sur le quai, quelques minutes avant le départ.
Cette ligne est maintenant exploitée par la compagnie Perurail et le seul train qui y circule est vraiment luxueux: l'Andean Explorer.
Les wagons ont été restaurés et décorés façon pullman des années 1920. Le résultat est saisissant pour nous qui n'avons jamais vu autre chose que des trains modernes!
Nous sommes d'abord accueillis par l'hôtesse responsable du wagon, qui se chargera de modifier les places attribuées aux passagers pour plus de confort. Ainsi, elle a pu échanger nos 3 fauteuils alignés contre une rangée en vis à vis de 4 places.
Ici, pas de banquette, pas de siège moderne en velours ou en cuir, non. Juste des vrais fauteuils, vissés dans le sol, de belles tables en bois nappées de blanc, ornées d'une jolie fleur et éclairées par une simple lampe posée devant la fenêtre. Le sol est en moquette, les murs recouverts de bois précieux avec quelques photos anciennes ici et là, et les porte-bagages sont en laiton.
On a l'impression de dénoter dans ce contexte, nous les voyageurs, avec nos vêtements de baroudeurs, nos grosses chaussures, nos appareils photos dernier cri et nos tablettes avides de connexions internet... Un peu comme au musée... sauf que le coup de sifflet retentit et que l'on sait alors que nous faisons partie du voyage, pour de vrai.
Le train s'ébranle doucement, traversant d'abord la ville, déjà au plus fort de son activité à cette heure pourtant matinale. Le marché fait place ... puis reprend sa place!
Puis nous longeons un bon moment le lac Titicaca, à qui nous ne faisons pas nos adieux puisque nous revenons dans une dizaine de jours, côté bolivien.
Le bleu foncé de l'eau contraste avec les terres environnantes, plates, où les habitants cultivent le roseau et font paître leurs troupeaux de moutons, d'alpagas ou de vigognes.
Pour admirer ces paysages superbes, nous nous sommes rendus dans le wagon-bar, le dernier des 6 wagons tractés par la locomotive diésel. Cette voiture est pour moitié aménagée en plateforme d'observation en plein air. Magique pour profiter du panorama qui du coup se déroule devant nos yeux sur plus de 180°.
Vers 10h (déjà), un pisco sour est servi aux passagers. Apéritif national, je ne peux pas prétendre détester mais je ne pourrais certainement pas en boire un verre entier. La recette n'est pas forcément très alléchante (pisco, citron vert, sirop de cane, blanc d'oeuf battu qui agrémente ainsi le verre d'une jolie mousse blanche), mais une fois en bouche, le goût est assez surprenant et rafraîchissant. Gaëtan a eu droit quant à lui à sa limonade.
Pour midi, nous avions dès le matin choisi notre menu (devinez qui a refusé catégoriquement le menu enfant?!) et vers 11h30, notre hôtesse a donc dressé le couvert. Trop classe, quel luxe comme dirait mon fils. Repas léger mais ma fois pas mauvais du tout, agrémenté d'un petit verre de vin blanc chilien, le tout servi dans de la belle vaisselle, très agréable tout ça, on a l'impression de revenir dans notre monde d'avant le voyage!
La journée s'est déroulée gentiment, lentement, au même rythme que le train, égrénée par un petit goûter vers 16h, puis une coupe de champagne à 17h.
Les terres plates et arides de l'altiplano entourant Puño ont peu à peu laissé la place aux fabuleuses montagnes andines, qui nous ont même offert une belle pluie de neige fondue! Brr, ça rafraîchit l'atmosphère et fait rire les gens en t-shirt sur la plateforme. Voilà, nous avons alors franchi le point culminant du voyage à 4338m.
Le soleil baisse, la lumière diminue rapidement et la nuit s'installe quelques minutes avant d'arriver à destination.
Une fois en gare, nous nous sommes replongés dans notre réalité, sur le quai, nos sacs à dos pesant sur les épaules, un peu grogis de cette journée pourtant bien calme...
Et puis, on se secoue la tête et on se dit, en regardant autour de nous les autres voyageurs bien ordonnés en groupe, que nous sommes riches de notre liberté et que ces poids sur notre dos sont finalement bien agréables à porter.
Alors on saute dans un taxi, en lui donnant le nom de l'hôtel sélectionné sur notre copain le routard, espérant ne pas nous planter encore une fois. Au pire, pas grave, on changera demain! Vive la liberté...
Nous ne découvrirons Cusco que demain car les lumières blafardes des lampadaires ne suffisent pas à éclairer les rues correctement, et ça, on vous le racontera plus tard.